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Le baroque bolivien : 
Musique baroque par les enfants de San Ignacio de Moxos. © Photo: Fernado de la Hera San Ignacio de Moxos, le trésor le mieux gardé de l’Amazonie bolivienne
Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, avant que la couronne espagnole n’expulse les Jésuites d’Amérique latine, la jungle bolivienne se fit musique, les violons se confondirent avec les chants des oiseaux et les bruits mystérieux de la forêt. De nos jours, San Ignacio de Moxos, un village en plein cœur de la jungle, abrite près de 9 000 pages de partitions manuscrites, et des dizaines de cahiers de textes religieux en castillan, latin et en diverses langues natives de la région, témoignages du passé colonial et de la soif évangélisatrice des enfants de Loyola. Le retour des enfants de Loyola à Moxos : En 1984, les Jésuites revinrent aux anciennes missions de Moxos, 217 ans après l’expulsion des pères Claudio Fernandez et Tomas Arias. Ils se retrouvèrent devant 107 communautés indigènes appartenant à cinq ethnies différentes qui luttaient pour conserver leur inclination pour la musique, la danse et la fabrication d’instruments. Ils redécouvrirent un territoire de 36 000 km2 de plaines, de lacs et de terre-pleins artificiels construits par les ancêtres des Moxos il y a plus de 2 000 ans. Deux siècles après leur expulsion, les Jésuites sur le retour contribuent à perpétuer un héritage culturel qui n’avait jamais cessé de vivre dans les communautés.

Un petit village au pays de l’eau ©Photo: Fernado de la Hera San Ignacio de Moxos est un village d’Amazonie bolivienne à 93 km de Trinidad, capitale du département du Beni. Il est relié avec le reste du pays par un chemin de terre coupé par trois fleuves, que l’on traverse en bac rudimentaire ou en pirogue motorisée. Pendant la période des pluies, le chemin est inondé, Les plaines de Moxos forment la plus grande superficie saisonnièrement inondable au monde.

| ©Photo: Fernado de la Hera Durant les festivités de la semaine sainte ou de Noël, on a l’impression que le temps s’est suspendu dans ce petit recoin de l’Amazonie bolivienne, bordé par la lagune Isirere, une merveille de la nature où l’on peut jouir de couchers de soleil paradisiaques, de baignades apaisantes, et observer une grande variété d’oiseaux sauvages. Mais le plus grand attrait pour le voyageur, c’est la grande fête en l’honneur de San Ignacio de Loyola, qui se tient le 31 juillet de chaque année. Ces célébrations s’étendent sur plusieurs jours. Elles convertissent le village en une explosion de musique, de danse et de couleurs, avec pour protagoniste la population indigène qui défile.
Aux racines d’une utopie : Les missions jésuites des XVIIe et XVIIIe siècles se trouvaient dans les régions frontalières des territoires sous contrôle espagnol et portugais, dans un espace qui regroupait des parties des actuels Venezuela, Colombie, Pérou, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay et Argentine. Il y avait plus de cent réductions, cent villages qui tentaient d’imposer un autre type d’organisation sociale. Après les guerres de Religion, l’Europe était exsangue. L’idée de faire réalité une utopie visant à instaurer une société économiquement juste, politiquement stable, socialement avancée et culturellement dynamique était une obsession chez ces quelques jésuites. En construisant les premières missions dans les vice-royautés du Pérou et de la Plata, les enfants de Loyola pensaient trouver un point de convergence entre idéalisme et pragmatisme. La dureté des conditions de vie imposée aux indigènes par les encomenderos, Espagnols chargés d’organiser les exploitations et de lever les taxes, a conduit les autorités coloniales elles-mêmes à mettre en place des mesures pour protéger les communautés autochtones. La compagnie de Jésus a reçu la charge de s’occuper de dizaines de colonies créées entre 1570 et 1610 pour protéger les natifs. Ces colonies furent rapidement rebaptisées « missions jésuites ». La vie dans ces missions se caractérisait par un inhabituel respect de l’être humain. Les Jésuites devinrent de fervents défenseurs des droits des communautés dont ils étaient responsables. Ce ne fut pas chose facile, en cette époque où la chasse aux esclaves se soldait chaque année par des dizaines de milliers d’indigènes capturés. Les Jésuites organisèrent ainsi un véritable exode vers la jungle, renommé «jungle missionnaire».
Ces archives, le musée d’art sacré, et l’église qui conserve l’esthétique de l’époque des missions, avec ses fantastiques colonnes d’amandier et d’acajou, justifient à eux seuls une visite de San Ignacio de Moxos. Et si le voyageur écoute la musique des jeunes membres de l’orchestre de l’école de musique, une sensation envoûtante en plein milieu de la jungle, il ne lui restera plus qu’à boire une gorgée de l’eau de la lagune Isirere pour compléter l’enchantement et rester envoûté pour toujours à ce petit paradis… Texte : Antonio Puerta. Traduction : Liz Antezana et Nicolas Hanel. ©Guide de Bolivie, Ed. Terra | L’école de musique garantit la préservation de cette culture. Son orchestre est devenu une des principales attractions de cette zone de l’Amazonie bolivienne. San Ignacio a obtenu les titres de « capitale folklorique du département du Beni » et de « capitale spirituelle des missions jésuites du Cône sud ». San Ignacio postule également pour obtenir le titre de «patrimoine mondial de la humanité». ©Photo: Fernado de la Hera
Les richesses d’une communauté : la récupération des archives des missions de MoxosLe contenu des archives des missions de Moxos a connu une spectaculaire croissance en juin 2006, quand l’école de musique de San Ignacio a lancé une opération de grande ampleur pour récupérer des milliers de partitions éparpillées dans le vaste territoire du Beni. Avec les partitions ont été retrouvés des dizaines de cahiers, appelés cahiers de doctrine, qui contiennent des sermons, des prières, des chants religieux en castillan, en latin et en diverses langues natives. Les expéditions successives vers les communautés les plus reculées ont étés couronnées de succès inimaginables, complétant ainsi le travail de l’ancien paroissien de San Ignacio, le père jésuite Enrique Jorda, un rêveur qui fut le pionnier de cette récupération. Il s’agit d’une des archives historiques les plus grandes de Bolivie et même d’Amérique latine, et c’est également un témoignage religieux inestimable. Si cet héritage a survécu à plus de deux siècles d’absence jésuitique, c’est grâce aux indigènes qui ont, après le départ de la compagnie de Jésus, jalousement gardé ce trésor, qu’ils considéraient comme sacré. Ils ont copié les partitions et les cahiers au fur et à mesure qu’ils se détérioraient, car ils subissaient les assauts du climat tropical, des insectes et des multiples déplacements. Les archives des missions de Moxos comptaient approximativement 2 700 pages de musique avant ces nouvelles expéditions. Depuis, ce chiffre a été quasiment multiplié par quatre. C’est en grande partie un répertoire musical pour l’année liturgique, bien qu’il existe des morceaux purement instrumentaux, et même quelques morceaux à caractère profane. Ces partitions font partie de la mémoire collective des peuples qui furent évangélisés par les Jésuites. Quand ils jouent, c’est leur histoire qu’ils mettent en scène, une histoire que les indigènes s’obstinèrent à conserver pour leurs descendants. Ce qui explique pourquoi les violons n’ont jamais cessé de résonner dans la jungle du Beni.  ©Photo: Fernado de la Hera |
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